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Chères lectrices, chers lecteurs,
 

Le présent numéro de la Revue des juges aborde différents thèmes. Ainsi, dans leur contribution intitulée « L’impact du COVID-19 sur la pratique des tribunaux de première instance : une transition à la digitalisation manquée ? », Sabrina Roduit, Cécile Crevoisier, Gaëlle Aeby et Marina Sucari examinent les répercussions de la pandémie sur la justice familiale. Partant des incertitudes propres à cette période et du degré de préparation – nécessairement lacunaire – des tribunaux, elles proposent des pistes d’adaptation en vue d’un accès plus équitable à la justice dans ce domaine.

Dans son article intitulé « Les risques pour le juge liés à l’utilisation des réseaux sociaux », Olivier Carruzzo s’interroge sur les dangers auxquels s’exposent les magistrats actifs dans ces espaces numériques. Il analyse plusieurs exemples de comportements problématiques et met en évidence les limites qu’un juge ne devrait pas franchir s’il veut éviter d’éventuelles sanctions.

Marie-Line Egger s’intéresse à la question de la mobilité des juges dans le canton de Neuchâtel (« La mobilité des juges dans le canton de Neuchâtel »). En 2008, ce canton a introduit une procédure permettant aux magistrats déjà en fonction de changer de poste sans devoir se soumettre à une élection par le Grand Conseil. Ce mécanisme présente des avantages fonctionnels et assure une certaine flexibilité au sein de la justice. Il atteint toutefois ses limites en matière d’accès aux fonctions et de transparence des procédures.

Dans son article intitulé « Les ‘mandataires difficiles’ en instance judiciaire d’asile », Lucien Philippe Magne décrit les principales situations pathologiques susceptibles de survenir au cours de la procédure de recours dans ce domaine et présente, du point de vue du juge, les réponses généralement apportées dans la pratique. L’auteur met également en évidence certaines faiblesses du droit procédural et propose des pistes pour en améliorer le fonctionnement.

Dans sa contribution intitulée « Die Ordnungsbusse bei Nichterscheinen zur Schlichtungsverhandlung », Cyril Mayland analyse la nouvelle disposition de l’art. 206 al. 4 CPC, qui permet de sanctionner d’une amende les parties qui s’absentent sans excuse valable de l’audience de conciliation. Cette mesure vise à accroître l’efficacité de la procédure et à améliorer le taux de participation, mais sa mise en œuvre soulève des questions tant pratiques que juridiques. L’auteur met en évidence les principaux défis et formule des recommandations pour une application adaptée à la pratique.

Dans son article intitulé « Chancen und Grenzen der Einigungsverhandlung in der Scheidungsklage nach Art. 291 ZPO », Rebecca Bachmann s’intéresse aux potentialités et aux limites de l’audience de conciliation dans le cadre de l’action en divorce selon l’art. 291 CPC. Malgré son importance fondamentale, cette institution a jusqu’ici été peu abordée par la doctrine et la jurisprudence. Elle offre pourtant la possibilité de clore la procédure de divorce de manière efficace et, le cas échéant, sans recourir à un avocat. L’auteure examine son insertion dans la procédure civile, analyse les conditions de son efficacité et met en lumière ses limites.

Le Tribunal fédéral est aujourd’hui avant tout une instance de recours qui assure l’application uniforme du droit fédéral par les juridictions inférieures. Les faits constatés par celles-ci lient en principe le Tribunal fédéral et les parties ne peuvent invoquer des griefs relatifs à ces constatations que de manière restreinte (art. 97 al. 1, 105 al. 1 et 118 al. 1 LTF). Il n’en a toutefois pas toujours été ainsi. Dans sa contribution intitulée « L’histoire éclaire la loi : les règles actuelles limitant le pouvoir d’examen au sujet des faits du Tribunal fédéral comme autorité de recours et leur historique », Denis Tappy retrace la genèse et l’évolution de cette règle qui restreint l’examen des faits par la plus haute autorité judiciaire de la Confédération.

Le principe d’un tribunal indépendant et impartial – garanti par la Constitution fédérale et la CEDH – doit être concilié avec la surveillance disciplinaire exercée sur les juges. Dans les cantons de tradition latine, cette tâche incombe aux Conseils de la magistrature. Dans sa contribution intitulée « Les enjeux de la surveillance disciplinaire des magistrats », Julien Delaye examine les défis que soulève ce mécanisme ainsi que les risques qu’il comporte pour l’indépendance de la justice.

Dans les colonnes ASM intitulées « Quatrième réunion mondiale du Réseau international de juges de La Haye » (RIJH), Marie-Pierre de Montmollin rappelle l’existence dudit réseau et l’expertise qu’il met à disposition. Les juges ainsi que les autorités de protection de l’enfant et de l’adulte sont encouragés à recourir à cette ressource dans le cadre de conflits familiaux transfrontaliers.

Quant à Nora Lichti Aschwanden, elle rend compte de l’assemblée de printemps de l’Association Européenne des Magistrats, qui s’est tenue les 8 et 9 mai 2025 à Erevan et a réuni 34 pays membres. L’auteure met en évidence le rôle du Groupe de travail sur la situation des associations membres, dirigé depuis plusieurs années par Stephan Gass et chargé d’examiner les requêtes et préoccupations de ces dernières et de proposer des mesures à l’intention de l’Assemblée. Ces requêtes concernent principalement des atteintes à l’indépendance judiciaire et à l’État de droit dans les pays membres de l’AEM. La Commission élabore, à l’intention de l’Assemblée générale, des projets de résolutions et de déclarations, des courriers destinés aux gouvernements et à l’Union européenne, ainsi que des recommandations en lien avec des missions judiciaires dans les pays membres. Elle rédige en outre, pour l’AEM, le rapport annuel sur l’indépendance de la justice dans l’UE à l’attention de la Commission européenne (« Rapport annuel sur l’État de droit »).

Les Actualités du Parlement (affaires traitées ou pendantes affectant la magistrature) ainsi que la 69e mise à jour de la rubrique bibliographique sur le droit de la magistrature complètent ce numéro de la Revue des juges.

Nous vous souhaitons une lecture enrichissante

Stephan Gass, Sonia Giamboni, Andreas Lienhard, Hans-Jakob Mosimann, Annie Rochat Pauchard, Thomas Stadelmann


P.S. :
Chère lectrice, cher lecteur,
Nous avons besoin de votre avis. Depuis 2006, nous vous proposons chaque trimestre une mise à jour de la rubrique bibliographique sur le droit de la magistrature, ainsi qu’une mise à jour concernant les affaires parlementaires traitées ou pendantes qui affectent la magistrature. Ces mises à jour sont établies par Thomas Stadelmann, corédacteur et membre du comité de rédaction. Pour la rubrique bibliographique, nous assurons actuellement un suivi d’environ 750 revues, et la charge de travail, notamment celle liée à cet aspect, s’est considérablement accrue au fil des ans. Nous en sommes arrivés à nous interroger sur la manière de mieux gérer cet effort. De telles réflexions n’ont cependant de sens que si nous savons qu’il existe réellement un besoin pour cette offre – à savoir la rubrique bibliographique et l’aperçu des affaires parlementaires disponible sur le site de l’Institut suisse pour la magistrature, ainsi que leurs mises à jour trimestrielles dans « Justice – Justiz – Giustizia ». Nous vous prions dès lors de bien vouloir participer à notre brève enquête jusqu’au 2 octobre : https://de.surveymonkey.com/r/2CKKSX6

Science
Sabrina Roduit
Sabrina Roduit
Cécile Crevoisier
Gaëlle Aeby
Marina Sucari
Résumé

Cet article étudie la manière dont la pandémie de COVID-19 a entraîné une digitalisation de la justice en droit de la famille en Suisse. Se basant sur une analyse juridique et sociologique, les auteures explorent les pratiques des tribunaux de première instance durant les différentes phases de la pandémie et analysent comment droit écrit et droit en action se conjuguent, en mettent un accent particulier sur le droit de la famille. Au travers d’une analyse de l’incertitude de cette période et du degré de préparation des tribunaux, cet article propose des pistes d’adaptations, basées sur les pratiques de terrain, pour un accès équitable à la justice dans les tribunaux de première instance en Suisse.

Olivier Carruzzo
Olivier Carruzzo
Résumé

À l’ère du tout numérique et de l’omniprésence des réseaux sociaux, il n’est pas rare que des magistrats emploient aussi de tels moyens de communication. Dans la présente contribution, l’auteur démontre que le juge n’est toutefois pas un internaute comme les autres. Il examine en particulier les risques singuliers auxquels s’expose le magistrat qui intervient sur les réseaux sociaux. Afin de mieux cerner les limites que le juge ne devrait pas dépasser sous peine de faire l’objet d’éventuelles sanctions, il analyse plusieurs exemples de comportements problématiques adoptés par divers magistrats suisses ou étrangers sur les réseaux sociaux.

Marie-Line Egger
Résumé

En 2008, le canton de Neuchâtel a instauré une procédure de mobilité permettant aux magistrats déjà en poste de changer de fonction sans devoir se soumettre à une élection par le Grand Conseil. Ce processus, qui a par ailleurs entraîné l’uniformisation des salaires, présente des avantages en matière de fonctionnement et procure une certaine souplesse pour la justice. Il connaît toutefois des limites en termes d’accès aux fonctions et de transparence des procédures.

Lucien Philippe Magne
Lucien Philippe Magne
Résumé

Cet article aborde la thématique des « mandataires difficiles » en instance judiciaire d’asile. Il expose les principales « situations pathologiques » susceptibles de survenir au cours de la procédure de recours et présente, avant tout dans l’optique du magistrat, les réponses qui y sont généralement apportées en pratique. L’auteur entreprend également de mettre en évidence certaines faiblesses du droit de procédure positif et suggère quelques pistes en vue de l’optimiser.

Cyril Mayland
Résumé

Die neue Bestimmung von Art. 206 Abs. 4 ZPO erlaubt es, Parteien bei unentschuldigtem Fernbleiben von der Schlichtungsverhandlung mit einer Ordnungsbusse zu sanktionieren. Ziel ist es, die Effizienz des Verfahrens zu steigern und die Teilnahmequote zu erhöhen. Die Umsetzung wirft jedoch praktische und rechtliche Fragen auf. Der Autor analysiert die neue Regelung, bewertet ihre Wirkung, zeigt Herausforderungen auf und entwickelt Handlungsempfehlungen für eine praxistaugliche Anwendung.

Rebecca Bachmann
Résumé

Die Einigungsverhandlung ist in Art. 291 ZPO geregelt. Trotz ihrer fundamentalen Bedeutung wurde sie in Lehre und Rechtsprechung bisher wenig thematisiert. Sie hat das Potential, Scheidungsverfahren effizient und gegebenenfalls ohne Anwalt abzuschliessen. Zivilprozessual sind aber Grenzen gesetzt. Der Aufsatz beleuchtet ihre Einordnung im Zivilprozess, prüft, wie sie ihren Zweck erfüllen kann, und zeigt auf, wo ihre Grenzen liegen.

Denis Tappy
Denis Tappy
Résumé

Le Tribunal fédéral est aujourd’hui principalement une autorité de recours veillant à la bonne application du droit fédéral par les juridictions inférieures. Les faits retenus par l’instance précédente le lient alors en général et les parties ne peuvent que restrictivement soulever des griefs les concernant (art. 97 al. 1, 105 al. 1 et 118 al. 1 LTF). Il n’en a cependant pas toujours été ainsi ni dans tous les domaines, et des exceptions subsistent, qui pourraient encore varier prochainement. Cet exposé retrace la genèse et l’évolution de cette règle limitant l’examen des faits par la juridiction suprême suisse, dont l’histoire peut contribuer à la compréhension.

Forum
Julien Delaye
Julien Delaye
Résumé

Le principe d’un tribunal indépendant et impartial, garanti par la Cst. et la CEDH, doit être concilié avec la surveillance disciplinaire des magistrats. Dans les cantons de tradition latine, c’est le Conseil de la magistrature qui est chargé de cette mission. L’auteur examine les défis posés par ce processus ainsi que les risques qu’il peut faire peser sur l’indépendance du système judiciaire. Il souligne notamment les obstacles à surmonter dans le but de maintenir un certain équilibre et la confiance du public en la justice. Cette contribution est le fruit d’une adaptation du mémoire que l’auteur a réalisé dans le cadre du CAS en magistrature, volée 2023–2024.

Colonnes ASM
Marie-Pierre de Montmollin
Marie-Pierre de Montmollin
Résumé

Cette colonne est l’occasion de rappeler l’existence du RIJH, l’expertise qu’il offre, et d’encourager juges et autorités de protection de l’enfant et de l’adulte à profiter de cette ressource en cas de conflit transfrontalier du droit de la famille.

Actualités CH
Résumé

Im Schweizer Parlament behandelte oder hängige Geschäfte, welche die Judikative betreffen / Affaires traitées ou en discussion au Parlement suisse qui concernent le pouvoir judiciaire / Procedure riguardanti il potere giudiziario trattate o pendenti presso il Parlamento svizzero

Littérature
Résumé

Eine Gesamtübersicht der Bibliografie finden Sie auf: https://sifj.ch/dokumentation/bibliography/